Génioplastie enfant et adulte à Paris | Dr Serge Ketoff & Dr J.-P. Dujoncquoy

5/07/2026

Publication scientifique — synthèse pour le grand public et les confrères. Article complet paru dans L’Orthodontiste, vol. 15 n°3, juin 2026 (Dr J.-P. Dujoncquoy, Dr O. Esnault, Dr S. Ketoff).


Introduction

La génioplastie est une chirurgie du menton réalisée sous anesthésie générale, qui modifie le profil du visage tout en corrigeant des troubles fonctionnels (fermeture labiale, ventilation, posture linguale). Le Dr Serge Ketoff et ses co-auteurs publient une mise au point dans la revue L’Orthodontiste : indications chez l’enfant et l’adulte, planification 3D et techniques actuelles (mini-wing, chin-wing).


Qu’est-ce que la génioplastie ?

La génioplastie consiste en une ostéotomie de la symphyse mentonnière : le segment osseux du menton est sectionné, déplacé (avancée, abaissement, correction d’asymétrie) puis fixé par ostéosynthèse (plaques et minivis en titane).

Au-delà de l’effet esthétique sur le profil, ce geste agit sur la musculature péri-buccale et cervicale :

  • muscles génio-hyoïdiens et génio-glosses → filière respiratoire et position de la langue ;
  • muscle mentonnier → tension de la lèvre inférieure et du menton ;
  • muscle digastrique → limite tête/cou, distance cervico-mentonnière.

C’est le traitement fonctionnel de choix de l’incompétence labiale lorsque la cause est une rétrogénie ou un déficit de soutien du menton.


Chez l’enfant : ventilation orale et croissance faciale

Quand y penser ?

L’enfant « ventilateur oral » présente souvent un faciès adénoïdien : face longue, nez pincé, rétrogénie, incompétence labiale au repos, crispation du menton en « peau d’orange » (contraction du muscle mentonnier). La langue basse favorise une croissance verticale et une endognathie maxillaire.

Les conséquences peuvent toucher le sommeil, l’attention, les infections ORL, la croissance mandibulaire, la posture et la santé bucco-dentaire.

À quel âge intervenir ?

Il n’existe pas d’âge minimum strict. En pratique, la génioplastie peut être proposée dès 11–12 ans lorsque les canines sont éruptées sur l’arcade — en adaptant le tracé d’ostéotomie à la position des racines (imagerie cone beam ou scanner).

Réalisée précocement (stade de croissance T3CMV3), elle peut réorienter la croissance mandibulaire (rotation antérieure) plutôt que la bloquer. L’apposition périostée symphysaire post-opératoire est plus favorable avant 15 ans.

Bénéfices attendus

  • Effacement de l’incompétence labiale ;
  • Schéma ventilation / déglutition plus favorable ;
  • Facilitation du traitement orthodontique et de la rééducation ;
  • Impact positif documenté sur la qualité de vie et la scolarité.

Référence historique : Precious & Delaire (1985) — « traitement d’interception orthopédique pour rétablir l’équilibre morphofonctionnel cranio-facial ».


Chez l’adulte : esthétique et fonction

Indications esthétiques

Remise en tension des tissus mous du menton et des joues, redessin de l’ovale du visage, effet de lifting inversé. Le geste peut être associé à une liposuccion sous-mentale selon le cas.

Indications fonctionnelles

  • Incompétence labiale persistante ;
  • Récidive du secteur antérieur après 30 ans (pulsion linguale, ventilation orale) ;
  • Pathologie parodontale des incisives mandibulaires aggravée par la crispation du muscle mentonnier.

Voie d’abord sulculaire

Chez l’adulte, la voie sulculaire (inspirée de la chirurgie parodontale) est souvent privilégiée : elle limite les brides cicatricielles et permet une greffe osseuse alvéolaire en secteur incisif si fenestration radiculaire (allogreffe + membrane collagénique ou PRF), pour restaurer le soutien parodontal avant ou pendant l’orthodontie.


Comment planifie-t-on une génioplastie ?

Analyse céphalométrique et 3D

Les tracés classiques placent le pogonion sous les incisives maxillaires pour assurer une fermeture labiale harmonieuse. La planification intègre aussi la dimension verticale faciale (hyperdivergence, hauteur antérieure).

L’imagerie 3D (cone beam) sécurise le tracé par rapport au nerf mentonnier (distance minimale ~5 mm sous l’émergence, boucle terminale variable).

Chirurgie guidée

Pour les asymétries ou les mouvements osseux importants, la planification 3D avec guide de coupe et plaque d’ostéosynthèse sur mesure améliore la précision — y compris pour des asymétries légères difficiles à quantifier à main levée.

Mini-wing et chin-wing

  • Mini-wing : extension de l’ostéotomie vers les molaires — meilleure transition menton/mandibule, élargissement latéral.
  • Chin-wing : extension jusqu’aux angles mandibulaires — harmonisation du rebord basilaire et des angles.

Ces variantes complètent la génioplastie classique et élargissent le spectre des corrections morphologiques.

Prothèses de menton

Les implants en silicone, Medpor ou titane poreux ont un intérêt limité chez le sujet jeune (pas de action sur les muscles génio-hyoïdiens/génio-glosses, corps étranger, lyse osseuse possible). La génioplastie osseuse reste la référence fonctionnelle.


Suites opératoires et sécurité

La piezochirurgie et les progrès de l’anesthésie ont amélioré le confort post-opératoire. Le risque d’hématome du plancher buccal, autrefois redouté, est devenu rare avec les protocoles actuels.

Chez l’enfant, l’intervention est en général indolore, avec un arrêt scolaire court. Le matériel d’ostéosynthèse en titane ne nécessite pas de retrait.


Collaboration orthodontiste – chirurgien

La génioplastie s’inscrit presque toujours dans un projet orthodontico-chirurgical :

  • l’orthodontiste identifie l’incompétence labiale, la récidive ou le besoin morphologique ;
  • le chirurgien maxillo-facial planifie le geste osseux (2D/3D, guides) ;
  • la rééducation (kinésithérapie, orthophonie) consolide le résultat fonctionnel.

C’est dans cet esprit que le numéro de juin 2026 de L’Orthodontiste réunit plusieurs mises au point, dont l’initiative Chantons 1-2-3 du Dr Mathieu Laurentjoye (IACV) sur la ventilation nasale et la posture linguale — complémentaire de la prise en charge des troubles de croissance faciale.


Ce qu’il faut retenir

  1. La génioplastie est un geste sûr, codifié, praticable dès l’adolescence et chez l’adulte.
  2. Elle traite l’incompétence labiale et la rétrogénie de manière fonctionnelle, pas seulement esthétique.
  3. La planification 3D et la chirurgie guidée améliorent la précision, surtout en cas d’asymétrie.
  4. Les techniques mini-wing et chin-wing élargissent les indications morphologiques.
  5. Le succès repose sur la collaboration orthodontiste – chirurgien – rééducation.

Publication de référence

Dujoncquoy J-P, Esnault O, Ketoff S. La génioplastie de l’enfant et de l’adulte : à quel âge ? quelles indications ? quelles techniques ? L’Orthodontiste. 2026 ; vol. 15, n°3.
Revue : L’Information Dentaire — L’Orthodontiste