Optimisation du résultat esthétique : le positionnement vertical de l'incisive maxillaire
Serge Ketoff · Jean-Pascal Dujoncquoy · Mehdi Sersab · Alexia Gelas
CLINIC n°452/453 · juillet-août 2025
L'incisive centrale maxillaire est un élément clef du tiers inférieur du visage : elle assure le soutien de la lèvre supérieure et définit l'exposition dentaire au repos et au sourire, ainsi que la quantité de gencive visible au sourire maximal. En dehors du sourire, sa position détermine la position mandibulaire via l'occlusion. L'équipe orthodontico-chirurgicale doit donc décider : cette position doit-elle être modifiée ? Si oui, de manière orthodontique, chirurgicale ou les deux ?
L'analyse du visage : trois paramètres clés
La hauteur faciale d'abord : équilibrée, elle permet un contact labial au repos sans contraction des muscles mentonniers, la face se divisant en trois tiers égaux. La position de la lèvre au repos ensuite : elle doit laisser apparaître environ 2 mm d'incisive chez l'homme, 4 mm chez la femme — soit un tiers de la hauteur de l'incisive. L'exposition dentaire et gingivale au sourire enfin : un sourire harmonieux expose 1 à 4 mm de gencive. En cas de contradiction entre repos et sourire, la position de repos prédomine pour la planification ; le dossier photographique est idéalement complété d'un enregistrement vidéo de la dynamique du sourire.
Cas n°1 : face longue (hyperdivergence faciale)
Le patient présente une face longue, une incompétence labiale, un sourire gingival et une exposition dentaire excessive au repos. L'objectif chirurgical est de diminuer la hauteur faciale par une ostéotomie de Le Fort I d'impaction antérieure avec rotation antihoraire du plan d'occlusion, associée à une avancée mandibulaire. Cette rotation projette le point menton et permet de se passer de génioplastie. L'impaction ne doit pas être surestimée : l'allongement de la lèvre supérieure avec l'âge, l'usure coronaire et la participation du maxillaire antérieur à la morphologie du nez doivent entrer dans la quantification. Chez la femme, un sourire gingival se traite plutôt en le sous-corrigeant, sous peine de « carrer » un visage ovale.

Cas n°2 : face courte (hypodivergence faciale)
La patiente présente une face courte d'aspect carré, sans exposition incisive bouche entrouverte, avec sillons naso-géniens marqués et angle naso-labial fermé. L'objectif est inverse : augmenter la hauteur faciale et obtenir une exposition incisive au repos. L'abaissement maxillaire est calculé en additionnant la distance préopératoire incisive-lèvre (3 mm) et l'exposition souhaitée (4 mm), avec surcorrection — soit 8 mm ici. La génioplastie d'allongement règle la hauteur du tiers inférieur sans majorer l'abaissement maxillaire. La planification 3D quantifie surtout l'espace à greffer au niveau de l'ostéotomie pour garantir la consolidation osseuse.

Ce qu'il faut retenir
La planification esthétique et fonctionnelle des protocoles orthodontico-chirurgicaux est basée sur le positionnement de l'incisive maxillaire. Les paramètres à prendre en compte sont multiples et propres à chaque patient ; la simulation numérique des tissus mous, utile pour l'adhésion du patient au plan de traitement, doit être présentée avec réserve car elle ne constitue en aucun cas une prévisualisation contractuelle.
Référence : Ketoff S, Dujoncquoy JP, Sersab M, Gelas A. Optimisation du résultat esthétique en chirurgie orthognathique : le rôle du positionnement vertical de l'incisive maxillaire dans la planification. Clinic 2025;46(452/453).
