Endognathie maxillaire : critères décisionnels et stratégies de traitement
Yoann-Luc Vu Van Tuan · Jean-Pascal Dujoncquoy · Serge Ketoff
CLINIC n°452/453 · juillet-août 2025
L'endognathie maxillaire se définit par une réduction de la largeur du maxillaire, impactant souvent la fonction respiratoire, l'occlusion et l'esthétique faciale. Fréquente en orthodontie, en particulier chez les jeunes adultes, elle s'accompagne volontiers d'une ventilation buccale, d'un palais étroit et de fosses nasales insuffisamment développées. Rétablir un sens transversal adéquat, c'est garantir la stabilité du traitement : une bonne occlusion et un schéma fonctionnel idéal pour la position de la langue, indispensable à une déglutition et une ventilation physiologiques.
Un diagnostic clinique et radiologique rigoureux
L'examen porte sur l'occlusion mais comprend obligatoirement une analyse faciale et fonctionnelle : forme du palais (ogivale si la langue est restée basse), étroitesse des fosses nasales chez les respirateurs buccaux, recouvrement des arcades. Le déficit transversal se mesure entre les cuspides mésio-palatines des premières molaires maxillaires et les fosses centrales des molaires mandibulaires, en tenant compte des compensations dentaires qui peuvent le masquer. Au-delà de 3 à 4 mm de déficit, un traitement orthopédique ou chirurgical est à envisager ; la rééducation des fonctions (kinésithérapie, orthophonie) accompagne obligatoirement ce type de traitement.
Disjonction orthopédique, disjonction chirurgicale ou MARPE ?
Chez l'enfant, la disjonction orthopédique élargit la suture médio-palatine encore souple : appui sur les molaires primaires, une activation par jour, jusqu'à 10 mm de gain transversal, avec au passage une augmentation du volume des fosses nasales qui améliore la fonction respiratoire.

Chez l'adulte, la suture est souvent ossifiée : la disjonction chirurgicalement assistée associe une ostéotomie de Le Fort I à une ostéotomie médiane du palais, en chirurgie ambulatoire. Après 7 à 10 jours de latence, le disjoncteur est activé de 0,25 à 0,5 mm par jour puis laissé en place 3 à 6 mois pour stabiliser le résultat. La chirurgie est aussi l'occasion de gestes associés : élargissement des fosses nasales, avulsion des dents de sagesse, greffe osseuse sous un parodonte fin ou corticotomies alvéolaires.
Plus récents, les dispositifs MARPE (Mini-implant Assisted Rapid Palatal Expansion) transmettent la force directement à l'os par des mini-vis palatines, sous anesthésie locale, et permettent d'éviter une chirurgie dans certains cas. Le taux de succès rapporté est d'environ 85 %, très dépendant de la sélection des patients et de l'état de la suture intermaxillaire.

Comment choisir ? Âge, maturation suturale, parodonte
L'âge civil ne suffit pas : la maturation du rachis cervical (méthode de Baccetti) et surtout l'anatomie de la suture observée au CBCT (classification d'Angelieri, stades A à E) guident la décision. Une fille de 11 ans peut présenter une suture totalement fusionnée, tandis que 30 % des adultes de plus de 30 ans gardent une suture antérieurement ouverte. Aux stades A et B, une disjonction non chirurgicale a de fortes chances de succès ; au stade E, elle n'est plus indiquée. L'état parodontal compte également : un biotype gingival fin oriente vers un dispositif à ancrage osseux pour limiter les récessions.

Une prise en charge globale
Les techniques de disjonction ont évolué avec la chirurgie mini-invasive (piézochirurgie, voies d'abord réduites), les dispositifs à ancrage osseux et l'imagerie CBCT. L'objectif reste la stabilité de l'expansion et de l'occlusion — sans oublier la prise en charge fonctionnelle (rééducation de la langue et de la ventilation) et le dépistage ORL des obstructions des voies aériennes.
Référence : Vu Van Tuan YL, Dujoncquoy JP, Ketoff S. Endognathie maxillaire : critères décisionnels et stratégies de traitement. Clinic 2025;46(452/453).
